• Conclusion : limites et suite

     

    1️⃣ Limites et préjugés sur les mouvements citoyens décentralisés

    Les succès et avancées que ces mouvements décentralisés ont permis ne doivent pas nous faire oublier leurs nombreuses limites :

     

    ⚠️ Les mobilisatione décentralisées ne servent pas seulement “le bien”
    On se gardera de penser que tout mouvement citoyen est intrinsèquement “bon” : la mobilisation orchestrée par Trump sur fond de racisme, misogynie et rejet de l’autre, ou encore le développement de l’État islamique sont deux mouvements ou campagnes de mobilisation “terrain” qui ont utilisé de très nombreux ressorts décrits plus haut.

     

    ⚠️ Les messages multiples et contradictoires peuvent empêcher la mobilisation de se concrétiser en impact
    L’hétérogénéité des visions et moyens d’actions présente au sein du mouvement des Gilets Jaunes est une une force ayant permis de maintenir le mouvement sur de nombreux mois, mais aussi une faiblesse, dans le mesure où ils n’ont pu aboutir à un programme ni à des demandes claires et consensuelles permettant d'interagir avec les institutions. Certains leaders auto-proclamés veulent devenir parti politique, d’autres un groupe dont des portes-paroles doivent aller négocier avec le gouvernement, et enfin d’autres ne veulent aucun contact et prônent plus ou moins ouvertement des actions violentes.

     

    ⚠️ L’impact social meilleur et plus rapide n’est pas encore prouvé
    Si l’on prend l’exemple des mobilisations climat, il faut noter tout d’abord que les mouvements en question réunissent principalement des personnes aisées et éduquées non représentatives de la population. Par ailleurs, malgré des premières victoires notables - les manifestants Extinction Rebellion ont notamment obtenu des parlements britanniques et irlandais un dispositif officiel d’urgence climatique pour donner une base politique aux actions de lutte contre le réchauffement - l’impact concret n’est pas encore prouvé.

     

    ⚠️ La difficulté à survivre dans le temps
    Ces mouvements ont une vraie difficulté à exister sur le long terme, et à aller plus loin que de la mobilisation de masse - on se souvient de l’exemple français de Nuit Debout une mobilisation “sociale” nationale, ou le mouvement mondial Occupy. Il est trop tôt pour connaître le destin des Gilets Jaunes ou du mouvement des jeunes pour le climat, mais pour le moment il y a peu d’exemples de mouvements décentralisés ayant concrétisés la mobilisation de masse en un mouvement de long terme.

    2️⃣ Et maintenant ?

    Connecter associations traditionnelles et mouvements décentralisés pour renforcer les contre-pouvoirs citoyens

     

    Nous faisons face à un choc des cultures : d’un côté, les associations traditionnelles à la structure plutôt pyramidale ; et de l’autre côté ces nouveaux modèles décentralisés à structure horizontale, qui semblent de prime abord particulièrement mobilisateurs.

     

    Il est aujourd’hui essentiel que ces deux mondes continuent à mieux s’apprivoiser et s’inspirer. Les associations plus traditionnelles peuvent apporter des années de recherches, expérimentations et expertises scientifiques, ainsi qu’une culture de mesure de performance et d’impact social, essentielle pour évaluer et améliorer le travail de toute mobilisation citoyenne.

     

    En parallèle, ces mouvements décentralisés et horizontaux nous poussent à repenser les moyens à disposition pour faire face aux grandes crises sociales et environnementales annoncées. Défier notre automatisme à vouloir contrôler, à fonctionner en silo et en compétition entre associations, pour placer la confiance, l’ouverture, la transparence et la joie de faire au centre de l’organisation, afin de démultiplier son potentiel de mobilisation.

     

    Les associations traditionnelles peuvent s’inspirer de ces nouveaux modèles pour embarquer des milliers de volontaires, et notamment les plus jeunes dont le rapport au travail, à l’engagement et à la participation citoyenne sur fond de digital va profondément modifier le visage de la mobilisation citoyenne des prochaines décennies.

     

    Ces deux grands types d’acteurs font chacun face à des enjeux brûlants pour les prochaines années :

     

    • Pour les ONG et associations plus traditionnelles, l’enjeu est de mieux travailler en coalition avec les mouvements décentralisés, pour les aider à transformer leur capacité mobilisatrice en impact social concret. Il s’agit ici de sortir des enjeux de marque et d’égo organisationnel pour mutualiser les forces en mettant leurs années d’expertises et de recherches au service de l’étincelle créée par ces mouvements.
    • Pour les mouvements décentralisés et horizontaux, l’enjeu est d’assumer l’identité naissante et l’ADN, et d’apprendre à trancher et oser dire “non”. Il ne sera pas possible de contenter tout le monde, et les critiques et pressions pour faire différemment ne cesseront jamais de pleuvoir. Un mouvement décentralisé et horizontal est par nature vivant et évolutif, et son ADN n’est que le reflet de celui de ses membres actifs - ceux qui font - , et il est illusoire de penser qu’il peut être modifié -- et rien n’empêche ceux et celles qui veulent que les choses soient différentes de lancer leur propre mouvement :)
     

    Trouver l'équilibre au sein des mouvements décentralisés

     

    Pour les mouvements décentralisés et horizontaux, c’est un ensemble de questions d’équilibre qui se pose et avec lesquels il va falloir apprendre à composer :

     

    L’équilibre entre autonomie permettant d’essaimer et mobiliser rapidement, et coopération avec le reste de l’écosystème permettant de professionnaliser et démultiplier l’impact, en inscrivant les personnes mobilisées dans un parcours d’engagement.

     

    L’équilibre entre ouverture totale à tous et toutes et affirmation d’une identité concrète, permettant de dire “non” à ceux et celles bloquant le mouvement de par leur envie de le changer dès lors qu’il existe.

     

    L’équilibre pour les membres actifs entre liberté et responsabilité de faire et nécessité de se protéger soi même pour tenir sur le long terme, sans s’épuiser au bout de quelques mois - garder en tête que le plus important est toujours soi même, et accepter donc de lâcher prise à certains moments pour faire confiance au collectif et en sa capacité à prendre le relais.