• Pas de hiérarchie mais une structure de facilitation

     

    🐝 Inspirons-nous des abeilles

    Dans une ruche, s’il fallait dire constamment à chaque abeille quoi faire, cela serait extrêmement complexe. La solution la plus efficace que la nature a trouvée est de les laisser s’auto-organiser au sein du cadre commun : la ruche. Chaque abeille œuvre de manière autonome pour le but commun : préserver la ruche et produire du miel.

     

    Les mouvements décentralisés et horizontaux fonctionnent sur ce même principe : un cadre et un but commun clairs, et une autonomie de chacun·e pour y contribuer. Comme dans l’exemple des abeilles, le résultat est aussi une oeuvre collective, par tous et pour tous.

     

    Il n’y a pas une entité dirigeante qui planifie et un ensemble d’individus et/ou groupes locaux qui exécutent, mais bien une somme d’individus et/ou groupes locaux (décentralisés) qui s’organisent en autonomie et sans hiérarchie (horizontaux) pour avancer vers le but commun chacun·e à leur manière (auto-organisés).

    ⚠️ Un mouvement décentralisé ne veut pas dire sans structure ou règles

    Une structure qui émerge pour faciliter les échanges - Dès que des individus et/ou groupes locaux commencent à s’organiser pour agir, des envies et besoins peuvent apparaître : coordination, entre-aide, mutualisation des ressources, clarification des objectifs, etc.

     

    Dès lors que le cadre de liberté et d’autonomie le permet (voir le prochain chapitre sur la liberté de faire), des groupes de travail thématiques peuvent se mettre en place, notamment grâce aux plateformes digitales et réseaux sociaux.

     

    Certain·e·s membres, qui ont le temps et l’envie de s’impliquer davantage, se mettent en contact et s’organisent pour prendre en charge les besoins émergeant des premières actions.

     

    Cela peut faire penser à une organisation hiérarchique… Mais ce n'est pas le cas. Les individus qui rejoignent les groupes thématiques n’ont pas nécessairement le pouvoir de diriger ou contrôler qui que ce soit. Leur rôle est de soutenir les groupes locaux / individus dans les différents besoins, et de faciliter la circulation de l’information et la mutualisation des ressources - ce sont des “facilitateurs·trices”.

    Un rôle de facilitation, pas pour décider ou contrôler

    Voici des facteurs observés dans les cas “réussis” de structure de facilitation :

     

    💡 Charte synthétique qui installe le cadre et les règles
    L’existence d’une charte définissant le cadre de sécurité, les "règles du jeu", les valeurs, le processus d'accueil et d'exclusion...peut être un élément précieux pour cadrer les actions et intégrer les nouveaux membres. Il peut être défini par les instigateurs.trices du mouvement (cas d’Extinction Rebellion ou du parti pirate Suédois), ou a posteriori par des membres en prenant l’initiative (cas de Youth for Climate France ou de La Bascule). Une fois le cadre clair, la mise en place et le fonctionnement de groupes de facilitation peut se faire de manière organique.

     

    💡 Ouverture totale - chacun.e peut devenir facilitateur.trice
    Le cas idéal : les facilitateurs·trices se désignent eux mêmes, car ils ont le temps, l’envie, les compétences pour apporter leur aide au mouvement. Cette liberté de faire autonomise et responsabilise les membres, et est un facteur de réel engagement.
     
    Dans certains cas, il est possible que les individus ou les groupes locaux désignent les facilitateurs.trices - notamment lorsque le rôle en question peut leur donner un réel pouvoir d’influence sur le mouvement. Par exemple, le mouvement Youth For Climate France désigne les facilitateurs.trices de certains groupes grâce à une “élection sans candidat”, dont le mandat ne peut aller au delà de 3 mois. Nous vous invitons à prendre connaissance du kit dédié à ce sujet et mis à disposition par l’Université du Nous.

     

    💡 Transparence totale - chacun.e peut accéder à l’ensemble des informations
    Lorsque l’ensemble des conversations sont visibles à tou·te·s, et que chacun·e est libre de rejoindre le groupe thématique pour y contribuer, son action est dès lors bien plus facilement légitime, pendant que les “peurs” de prise de contrôle ou de décisions “mauvaises” pour le mouvement sont limitées (voir la partie dédiée à ce sujet ci-dessous)

     

    💡 Travail en groupe
    Dans l’idéal, chaque facilitateur·trice est invité·e à trouver un·e ou deux autres acolytes pour palier à des absences ou permettre un roulement -- ainsi qu’à partager la responsabilité des décisions et initiatives.

    🔎 Exemple : gestion de la presse dans un mouvement décentralisé

    Prenons l’exemple de facilitateurs·trices sur la question des médias : leur rôle émerge des besoins des individus et groupes locaux de répondre à des demandes média et de diffuser des communiqués de presse efficaces permettant d’être relayés.

     

    Dans l’idéal, voici ce qu’il peut se passer, dans le cadre d’une thématique “média” dans un mouvement horizontal décentralisé (exemple inspiré du mouvement des jeunes pour le climat, Youth For Climate France)

     

    - Auto-désignation : les facilitateurs.trices vont s’auto-désigner ou être élus, en fonction de leur temps, leur énergie, leurs compétences, et se regrouper (souvent sur une plateforme digitale) pour décider ensemble d’un mode de collaboration.

    - Relais, création ou force de proposition : ils / elles peuvent centraliser les demandes médias, en étant le point de contact “officiel”. Ils peuvent alors transmettre la demande à l’ensemble des membres intéressés et disponibles pour y répondre, et laisser l’ensemble du collectif prendre en charge ce travail, de manière ouverte, transparente et collaborative. Ils / elles peuvent aussi mettre à disposition des individus et groupes locaux des exemples de communiqués de presse et des tutoriels pour apprendre à en construire des plus impactants et efficaces

    - Avoir un pouvoir selon les besoins : Ils /elles peuvent se charger de publier les communiqués de presse au nom du mouvement au global, si le besoin se présente et les processus de prise de décision respectés

    👉 Comment Extinction Rebellion mobilise sans structure centrale

    “Blocages des ponts de Londres, interruption du trafic automobile ou obstruction d’un ministère : ces militants, qui luttent de manière radicale mais non violente, sont prêts à risquer la prison pour se faire entendre. Leur message a rapidement séduit : 40 000 personnes ont désormais rejoint le mouvement dans 119 pays, dont la France.”

     

    Ce mouvement lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni ne possède pas de structure centrale, mais :

    • une charte de revendication - coécrite par les initiateurs·trices du mouvement
    • un forum mis en place par ces mêmes personnes
    • une multitude de groupes locaux indépendants, formés par celles et ceux se rencontrant sur le forum et décidant de se regrouper pour effectuer des actions ensemble
    • plusieurs dizaines de groupes thématiques transverses (relation média, support logistique, assistance juridique, etc), que les différents membres rejoignent en fonction de leurs compétences et envies respectives de contribuer davantage.

    Des premiers résultats ? Après 6 mois d’existence seulement, ce sont 6000 personnes qui étaient présentes lors de la dernière action en date à Londres. Avec 40 000 membres partout dans le monde en quelques mois d’existence, il faudra suivre ce mouvement de près et comparer leurs résultats avec ceux des associations de lutte pour le climat ‘traditionnelle”. Par exemple, le même mois, Greenpeace, Les Amis de la Terre et ANV-COP21 aux réseaux forts de centaines de milliers de soutiens organisaient une action de désobéissance civile à La Défense qui regroupait 2030 personnes.

  • 👉 Les “patates” de jeunes pour le Climat en France

    Le mouvement Youth For Climate en France est organisé de la manière suivante :

    • d’une part une multitude de groupes locaux, souverains sur leur organisation et leurs actions ;
    • d’autre part, un espace de travail national, pour mutualiser les ressources et permettre la coordination.

    Cet espace de travail national, sur la plateforme Discord est ouvert à tous ceux et celles qui souhaitent s’y impliquer, et est divisé en divers sous groupes - appelés “patates” - que chacun.e peut rejoindre pour donner de son temps.
     

    Ces “patates” n’ont pas de pouvoir de décision sur les groupes locaux ni les membres qui les compose, elles existent uniquement pour faciliter la circulation de l’information et assurer une bonne coordination.

  • Questions-réponses

     

    ❓N’y-a-t-il pas un risque de noyer l'information et de décourager les nouvelles personnes ?
    Il faut en effet que l’organisation de la plateforme d’échange soit la plus claire possible. Plusieurs astuces faciles sont mises en place. Par exemple, la plupart des plateformes de communication permettent d’épingler un message de bienvenue en haut de chaque sous-groupe de discussion : ce message de bienvenue permet de rappeler les contours du sous-groupe, ses règles, et pourquoi pas la synthèse des dernières discussions.

     

    ❓ Si les communications sont visibles, sont-elles réellement lues ?
    Toujours dans l’idée de la “liberté de faire”, si ce besoin émerge, des facilitateurs·trices peuvent décider de publier une synthèse, en laissant accessible le détail.

     

    ❓Le fait d'avoir 1000 personnes sur une plateforme avec seulement 100 personnes actives ne peut-il pas créer de l'inefficacité et une forme de déresponsabilisation - “d'autres vont le faire” ?
    C’est possible ! Mais le premier objectif du mouvement, de la structure de facilitation ou de sa plateforme de communication n’est pas de motiver des personnes indécises, mais d’amplifier l’impact des membres motivés qui “font”.

     

    ❓Et comment faire si j'ai envie de poser quelque chose de personnel, et que je préfère le faire dans un espace plus "sécurisé" avec des gens que je connais et en qui j'ai confiance ?
    C’est tout à fait possible au sein d’un mouvement décentralisé ! L’espace de communication commun au mouvement n’est pas forcément celui qui permet aux individus de connecter à titre personnel - son but est de créer des synergies entre groupes et individus. C’est ensuite à chacun.e de rejoindre une initiative locale et de tisser de réels liens avec ceux et celles avec qui il / elle souhaite agir.

  • L’essentiel à retenir

     

    ✅ La structure qui se dessine correspond aux groupes thématiques, et donc aux besoins exprimés des groupes locaux et individus. La structure est au service de ces derniers, et non l’inverse !

     

    ✅ Attention au réflexe du “il faut se structurer !” : on ne structure jamais à priori, mais a posteriori. La structure doit répondre à des besoins réels émanant des groupes locaux.

     

    ✅ Facteurs observés dans les cas de succès : les groupes thématiques sont constitués de facilitateurs·trices qui ont volontairement décidé de s’y impliquer. Ils sont ouverts à tou·te·s ceux et celles qui souhaitent les rejoindre, et tous les échanges sont transparents et visibles par tous et toutes.